Elle amuse, elle exaspère: Baba Yaga arrive à Tchéliabinsk

30.07.2018

À Tchéliabinsk a été élevé un monument à Baba Yaga.

Selon le correspondant de RIA Novy Dien , la plus célèbre sorcière slave est confortablement installée au centre ville, près du théâtre de marionnettes, et correspond tout à fait à la définition de « odieuse (si l’on se rappelle ce qu’on dit d’elle dans les contes) mais sympathique». 


Baba Yaga est la figure la plus complexe et la plus controversée de la mythologie slave. Au cours des derniers siècles elle a pris les traits d’une effrayante petite vieille qui vit dans une isba sur pattes de poule dans la forêt profonde et qui fait toutes sortes de crasses aux braves gens.

Cependant, d’après toute une série de recherches, sa figure est apparue au temps du matriarcat. Au début, Baba Yaga était la plus puissante protectrice de l’espèce, des traditions populaires, elle défendait la veuve et l’orphelin. Peu à peu, la belle déesse s’est transformée en guide et représentante de Nav (le monde des morts). Elle est devenue la passeuse de Yav à Nav et la Commanderesse du Suprême royaume souterrain (qui n’est pas encore le monde des morts mais déjà plus celui des vivants). C’est alors qu’elle a été représentée avec une jambe de squelette (morte), qui la fait ressembler à un mort-vivant.

À l’époque de la christianisation de la Russie, Baba Yaga, comme d’autres anciennes divinités, a été classée dans la catégorie des ennemis de l’espèce humaine : de belle protectrice, elle s’est transformée en méchante vieille qui faisait cuire les enfants au four. Ce qui, d’ailleurs, était presque vrai : les Slaves, en effet, mettaient les enfants dans un poêle chaud (et aussi les jeunes, les vieux et les malades) pour les laver et éliminer les maladies par la sudation.

Au XXe siècle l’image de Baba Yaga a subi à nouveau des modifications, et aujourd’hui la sorcière est plutôt perçue comme une drôle de petite vieille, malintentionnée mais amusante et inoffensive.

Il faut rappeler que dans les contes, Yaga, bien qu’elle agace les nerfs du bon jeune homme, indique toujours le bon chemin à celui qui veut savoir et qui est prêt, au nom de la réalisation de son but, à surmonter les difficultés. Bien qu’elle retienne prisonnière une belle jeune fille, elle lui enseigne toutes sortes de choses utiles : la propreté, la préparation de potions et la gestion du ménage. C’est-à-dire qu’au fond, c’est une institutrice. Si bien que son apparition à Tchéliabinsk pour la Journée de la Protection de l’Enfance est symbolique : car la protection, ce n’est pas mettre l’enfant à l’abri des tempêtes et des intempéries, mais lui donner les savoir-faire nécessaires à la vie, lui apprendre à prendre les bonnes décisions et à choisir le bon chemin.

Au demeurant les autorités municipales, qui avaient organisé aujourd’hui une cérémonie solennelle d’inauguration du monument, y ajoutent un autre sens : « Les organisateurs estiment que cet événement réunit les traditions culturelles et les questions sociales les plus importantes, communique-t-on à la Mairie. Le projet Baba Yaga a une réputation internationale, ayant participé à des expositions d’art contemporain à Miami et à Dubaï. Des sculptures similaires sont installées dans des villes des USA et de Russie, désormais Tchéliabinsk aussi devient leur ville culturelle jumelée. « La super-héroïne» populaire est devenue ambassadrice du projet, promouvant la culture russe dans l’arène internationale, et servant de symbole de la renaissance des valeurs nationales traditionnelles. »

Certes, comment au juste Yaga les promeut et les symbolise, les édiles ne l’ont pas précisé ; mais il faut bien que la grand-mère ait quelque secret.

Du reste, pour la cérémonie d’inauguration, qui commençait à 13 heures, on décidé de repeindre la palissade du théâtre de marionnettes.

On a commencé à peindre quelques heures avant. De sorte que pour certains, la fête a pu tourner à la farce façon Baba Yaga, une plaisanterie un peu désagréable.